Je sais, mon article est long et sûrement barbant si tu comprends rien à notre vie. Lis pas dans ce cas, accorde juste une pensée gratuite aux expulsés qui méritent mieux que certains français d'être français.
Big-up à Samuel, Emmanuel Bakar et Abdou Saidou.
A toi,
Toi, qui as fait briller ma vie, qui l'as rendue blanche et belle. Je n'ai jamais osé te dire d'où venaient ces cicatrices sur mon corps blessé, cette souffrance sur mon c½ur abandonné. Je t'ai menti durant quatre ans, je t'ai dit que je venais d'une banlieue parisienne, que des balles d'un gang avaient transpercé ma chair. C'est faux, je ne suis pas né en France, ma mère n'est pas aussi claire que la tienne. Je suis issu des terres chaudes et impitoyables de l'Afrique, né sous une mauvaise étoile, j'ai atterris sur le territoire sanglant du Kenya. Donne moi un fusil et je tue les partisans du parti adverse, donne moi une mitraillette et j'assassine les enfants les plus pauvres de la ville. Voilà ce qu'on m'a appris dès le plus jeune âge. Je me suis sauvé, je n'ai pas traversé la mer à la nage, mais j'ai du me noyer pour passer entre les doigts des forces françaises. Voilà six années que je suis imprégné de ton pays, que je vie l'espoir battant d'être accepté tel que toi. Mon amour, j'ai trahi ta confiance et t'ai caché mon identité craignant de perdre celle qui a guéri mon âme malade, torturée par les coups de feu, bombardée des cris de ma famille qui n'a pas pu goûter à liberté de la France.
Maintenant que tu sais tout, maintenant que tu connais le visage de mon ancien masque tueur, maintenant que tu as découvert le soldat mineur.
Je m'en vais, expulsé des terres blanches où j'ai fondé une famille, où j'ai travaillé dur alors que mon voisin, métropolitain, touchait les allocations familiales et la Cotorep alors que j'étais bien mille fois plus blessé, mille fois plus mort, et aucun politicien ne m'aurait envoyé une fleur sur mon cadavre noir, seul les huissiers m'aurait arraché les os pour les hypothéquer et les placer dans les coffre de la française des jeux.
Dis à mes enfants que je les aime, que jamais je n'ai été guerrier, que toujours j'ai été travailleur français, et qu'on m'a jeté par la fenêtre des douanes, parce que aux yeux des grands, je ne suis qu'une tâche minuscule sur leurs dossiers économiques, donc ils passent un coup d'effaceur sur mes papier presque achevés. Ils ont gravé sur mon front le code : D3h0R5.
Je t'aime, au-delà des frontières, au-delà des cieux, on attendra de mourir pour vivre ensemble.
Youssouf